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Dans la tête de Clément Turpin

Ce texte n’est que le fruit de l’imagination de l’auteur par rapport à des faits réels.

Hier soir, Clément Turpin, l’arbitre de OM-PSG, n’a pas réussi sa prestation. En distribuant les cartons jaunes comme des petits pains, il ne s’est pas fait beaucoup d’amis. Bienvenue dans le brouillard.

Dimanche 6 octobre, 20.55

« Messieurs bon match. » Reste calme Clément, ce n’est qu’un match de Ligue 1. Oublie l’atmosphère, oublie les enjeux. Concentre toi sur les faits. Comme à l’accoutumée.

21.00, coup d’envoi

C’est parti, fais toi plaisir et garde la main sur le match !

13è minute

D’où il sort ce fumigène ? Je dois arrêter le match, la première étincelle est partie. Ce n’est qu’un fumigène, mais je dois être vigilent. C’est un avertissement. Il ne faut pas que ça dérape sur le terrain.

34è minute

Oula la mauvaise tête, ça va vite ! Ne le touche pas, Ne le touche pas… Il tombe. Les supporters lèvent les bras, les joueurs tournent la tête. Mais j’ai vu, j’ai anticipé et sifflé avant. J’évite le premier dérapage. Je suis sûr de ce que j’ai vu, il y a contact et bien faute. Je ne peux pas me tromper. Merde. Comment savoir si c’était un mauvais geste ? Je dois réfléchir. Je ne peux pas, les Parisiens arrivent pour contester la faute, du classique pour une équipe qui concède un péno.

Mais le geste de Thiago Motta, remémore toi Clément, qui est allé au contact ? Est-ce qu’il annule une véritable action de but ? Les deux ont échangé des mots quelques minutes avant. S’est-il vengé ? Repasse toi l’action en accéléré, tu n’as plus beaucoup de temps pour décider de la couleur de ton carton. Sur l’oreillette, j’interpelle mon juge de touche.

« Nicolas, tu as vu si c’était intentionnel ? Il partait au but tu crois ? Dis moi que tu t’en souviens. »

« Je n’ai pas vraiment vu, je crois bien mais je ne peux pas être sûr. »

Regarde Valbuena sur le sol. Il a l’air de vraiment s’être fait mal. Je ne peux pas laisser ce match prendre une mauvaise tournure. Je dois prendre une décision et envoyer un message fort.

turpin-rouge-motta

Et si c’était exagéré ? Et si j’avais changé la tournure du match ? Je ne peux plus revenir en arrière. Thiago Motta doit être exclu, injustice ou non. Mon bras est levé, la décision ne peut plus être autrement. Matuidi rouspète, même Ayew a l’air surpris. J’ai fait une connerie. Clément merde…

But. Le Vélodrome chavire, et si j’avais pris la bonne décision? Je ne sais pas, je ne sais plus…

Mi-temps

De retour au vestiaire. Deux ou trois minutes s’écoulent, les regards sont bas. On se refait la première manche dans nos têtes. Puis je prends la parole, je dois mener mon équipe:

« Comment ça se passe sur les bancs de touche? » demande-je à Benoît (Bastien, 4è arbitre)

« Ca reste calme mais ça s’est tendu sur le dernier quart d’heure, pas sûr que le rouge ait arrangé les choses. »

« Faut plus qu’on en parle, on fera le bilan à la fin. On doit rester dans notre match. Nico, Laurent (arbitres de touche du match), on est comment sur les côtés, des accrochages ? Des mots entre joueurs ? »

« Non, l’ensemble est correct. Attention à Rod (Fanni) qui m’a l’air plus nerveux que les autres. J’ai l’impression qu’il suffit d’un mauvais geste pour que le match se barre en coui***. »

Ok, faut garder la main. Que les joueurs s’appellent Zlatan ou Romao, ils sont tous pareil pour moi. Je dois garder la tête froide. On repart. Un dirigeant dans les couloirs crie: « Ils sont unanimes, Thiago aurait du continuer le match ! » Je fais mine de ne pas entendre, mais je me ressasse l’image encore et encore. Qui est unanime ? L’opinion ? Je ne veux pas voir la vidéo.

J’ai fait une erreur.

Reprends toi Clément, t’as encore 45 minutes à gérer et tu ne peux pas faire machine arrière.

66è minute

Pourquoi a-t-il fait ça ? Il n’y avait pas de danger. Je dois siffler, ce n’est pas une compensation, c’est une vraie faute. Il y a penalty.

« Au coup de sifflet vous y allez« , ma consigne à Zlatan. Il tire, c’est dedans, voilà le PSG qui mène 2-1 à 10 contre 11. Je rattrape mon erreur, ou l’OM ne profite pas de l’avantage que je leur ai donné, bien malgré moi…

Le Vélodrome commence à me prendre en grippe. J’entends les sifflets. Il ne faut pas que ça prenne une mauvaise tournure. Je dois garder la main.

76è minute

Paris fait tourner, Paris gagne du temps. Changement, voici Zlatan Ibrahimovic qui sort à la place de Camara sous la bronca du Vélodrome. Il marche, gagne-t-il du temps ? Les joueurs de l’OM me regardent pensant que je vais sanctionner, le public gronde et Zlatan ne se dépêche pas plus. Le rythme ne doit pas se casser, je prend la décision et le carton ressort. Il ne comprend pas, le stade applaudit. Je pense avoir raison.

82è minute

Il reste une dizaine de minutes, un nouveau changement. Edinson Cavani sort et Lucas rentre. Comme pour le Suédois, je ne peux pas accepter que l’équipe qui mène gagne du temps en fin de match. J’avais déjà averti le premier, je dois être cohérent et avertir le second. Je dois montrer mon autorité même s’il est un grand joueur. Carton. La perte de temps est passible de sanction dans le règlement. Je ne peux pas l’ignorer.

Fin du match

C’est terminé, ces coups de sifflet sont salvateurs. Je ne sais pas comment était mon match, je suis vidé, ai-je tenu le choc ? Ai-je été mauvais à ce point ? Je laisse les gens parler. Et si Paris s’impose ce soir, c’est tout simplement car ils étaient plus forts. On ne peut pas dire que je les ai aidé…

A propos de Un blobfish

Quand je suis rentré au TF en 2012, on m'a promis que j'allais traiter des sujets intéressants mais je n'interviens que pour la L1 et L2. Du coup, je fais la gueule.

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