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Dans la tête de Valentin Eysseric


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La terrible 24è minute du match entre Saint-Etienne et Nice a fait une victime, c’est Jérémy Clément. Après avoir imaginé ce qui a défilé dans la tête du blessé, mettons-nous dans la peau de l’assassin, Valentin Eysseric. Bien malgré lui, il a foutu en l’air la saison d’un mec, voire sa carrière. Retour sur un regret.

Le texte qui suit ci-dessous relève uniquement de l’imagination de l’auteur basé sur de faits réels.

Merde, je suis allé trop loin. J’ai pas vraiment l’impression d’avoir forcé, j’ai joué le ballon. Putain mais j’ai joué le ballon ! Je voulais pas. L’arbitre tend le rouge, un détail comparé à la douleur que ressent Jérèm. Je suis exclu, mais je veux rester. Je ne peux pas le laisser là. Renato (Civelli) qui vient me voir: « Va pas le voir, file gamin. » Je ne peux pas, surtout pas quand je l’entends crier.

Je m’approche, Brandao me parle, puis Loïc (Perrin) à son tour. Je les écoute mais ça sort par l’autre oreille. Je baisse la tête. Merde ! Mais qu’est ce que j’ai fait ? C’est moi qui ai fait ça ? Je pars dans un autre univers, je pète un plomb, je ne suis plus dans le match. J’ai plus la tête à ça. Pourquoi suis-je allé attaquer ce ballon qui servait à rien ?

Je laisse mes potes à 10, j’en ai rien à foutre. C’est Jérèm qui importe. Je suis malheureux et je rentre au vestiaire sous les sifflets. Vaut mieux que je fasse profil bas. Un type me tend le micro, je sais pas qui c’est, mais je veux parler, comme si je voulais éteindre un feu qui a déjà fait rage.

Je suis lancé, je ne m’arrête pas, je ne pense à rien. On ne peut pas faire marche arrière. Il est mal mais moi aussi je suis mal. Essayer de l’appeler, m’excuser, c’est tout ce que je peux faire. Une lourde suspension ? Je n’en ai rien à foutre, ce qui m’importe c’est la blessure de Clément. – Valentin Eysseric

Je suis à cran, je suis malheureux d’être le bourreau d’un soir. Celui dont on se souviendra comme un briseur de carrière, d’une ordure qui voulait casser du vert. C’est pas vrai, je ne suis pas ça. J’ai fait une erreur que quelqu’un payera.

Je ne serai plus le même. Je ne peux plus rentrer sur un terrain sans penser à Jérémy. Si sa carrière prend un tournant, la mienne aussi. Je ne me sentirai mieux que s’il refoulera la pelouse. Je rentre aux vestiaires. Je m’assois. Je n’y arrive pas, j’ai dans la tête mon geste, sa cheville. Je reste assis. Mi-temps.

Les collègues rentrent, je ne les regarde pas. Je ne peux pas, je les ai laissé tombé. Ce soir, je ne suis plus avec eux. Eric (Bauthéac) vient me voir, pas de parole. Une tape dans le dos, un peu de solidarité malgré tout. Ca réchauffe. Le coach attend 5 minutes, comme à son habitude. Les potes ne me regardent pas, je ne me sens pas visé, ils font comme s’ils étaient 11 à préparer la seconde mi-temps. Personne ne me dit rien. Claude prend enfin la parole et donne ses consignes.

« Allez. On y va. » La seconde mi-temps va reprendre, c’est le moment où je prends ma douche. En sortant du vestiaire, j’entends les hurlements du stade. On pomme 2-0. Je vais voir un membre du staff de Sainté pour savoir ce qu’a Jérèm. Il a été transporté à l’hosto, fracture ouverte tibia péroné. J’ai foutu la carrière d’un mec entre parenthèses et je suis malheureux.

 

— David Venditelli (@VenditelliDavid) 3 mars 2013

A propos de Un blobfish

Quand je suis rentré au TF en 2012, on m'a promis que j'allais traiter des sujets intéressants mais je n'interviens que pour la L1 et L2. Du coup, je fais la gueule.

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