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Je suis footballeur et gay


Le football est le sport le plus populaire au monde. Pourtant, il s’agit également d’un monde viril et macho, même dans le monde pro. On t’emmène aujourd’hui dans le premier volet d’un article fiction. Enfin, presque…

Chapitre 1 : Le Coming Out

Cet article est une fiction imaginée par l’auteur avec l’aide de faits réels.

« Oui, je suis homosexuel »

Page 4 du journal, l’encart du bas. Pas très grand mais assez voyant. Je ne veux plus me cacher, j’assumerai. Mon téléphone vibre, les audiences de l’émission qui a diffusé mon coming out. 3 millions de téléspectateurs. Putain, c’est dingue. Entraînement aujourd’hui à 15h. Il est midi, je n’ai toujours pas reçu un coup de fil mais je vois qu’on commence à s’éclater sur Internet.

tweet

14h30. Arrivée dans le vestiaire. Evidemment, la nouvelle a fait le tour du centre d’entraînement. On a beau se faire le scénario 15 fois dans la tête, la réalité n’est jamais pareille. Même si mes coéquipiers ne veulent pas me le montrer, on sent le changement d’attitude. Ludo, qui me claque d’habitude la bise tous les jours avec une tape sur l’épaule m’a juste fait un check. Cédric, notre capitaine, me sert la main avec pas mal de poigne. Désormais, bienvenue dans un autre monde. Le vestiaire reste silencieux, quelques petites vannes sympas entre coéquipiers essayent de détendre l’atmosphère. Mais je sens une certaine distance.

L’entraînement se déroule sans problème mais les regards sont moins complices. Je sens qu’on me donne moins le ballon malgré mes appels. J’aurais pu me trouver en position de but, je n’aurai pas eu le ballon, comme si on ne me faisait plus vraiment confiance. Je suis pourtant resté le même. J’ai juste refusé de vivre caché. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir trahi mes coéquipiers.

Fin de l’entraînement. Gêné, je décide de prendre mes affaires et de rentrer chez moi prendre ma douche. Je ne me sens pas capable de ça, là, de suite…

[blockquote cite= »Jens Lehmann après le coming out de Thomas Hitzlsperger »] »Je ne sais pas ce que j’aurais pensé tous les jours si j’avais su. Dans les duels, dans la douche… Personne ne peut contrôler ses pensées. »[/blockquote]

Jour de match

Aéroport. Nous jouons à l’extérieur ce week-end. Après un bref rendez-vous au centre d’entraînement, nous voici à l’aéroport prêts à nous envoler pour l’ambiance de ce stade réputé hostile et chaud pour les visiteurs. Surtout quand il s’agit d’un match pour choper une place qualificative pour la prochaine coupe d’Europe. 4 points nous séparent. Soit on gagne et on recolle, soit on les laisse fredonner l’hymne de la Champions League pour l’année prochaine, hors de question.

On rentre dans l’avion, je croise le capitaine de l’équipage qui me serre la main et n’hésite pas à me faire part de son admiration suite à ma dernière sortie télé. Un moment qui fait chaud au coeur, tout comme les innombrables tweets et mails de soutien que j’ai pu recevoir. Innombrables, ce peut également être le mot pour décrire la quantité d’insultes et de menaces. Une personne m’a même signalé que j’étais la honte du club. On a beau essayer d’ignorer ce genre de message, rien ne remplace l’impression de déranger.

[blockquote cite= »Paris Foot Gay | Analyse de l’homophobie dans le football professionnel »]41% des footballeurs se déclarent hostiles aux homosexuels et 50% dans les centre de formation. 70% des joueurs interrogés ont affirmé que l’homosexualité est un tabou dans le football.[/blockquote]

Hôtel. Nous atterrissons après une bonne heure de vol. Un bus nous attend pour aller directement à l’hôtel. Pas le temps de gamberger, le coach nous a donné 30 minutes de répit avant la réunion d’avant match. On se retrouve dans la grande salle pour une dernière scéance au tableau noir. On décortique une dernière fois le 4-2-3-1 adverse. Une tactique que je hais, sans vraiment savoir pourquoi. La dernière équipe que j’ai affrontée avec cette tactique n’a fait que défendre. Des putains de trouillards, mais nous avions gagné 1-0 grâce à la patte d’Anders. Ce mec est arrivé cet été de Helsingborg en Suède. Un véritable phénomène nominé aux trophées du meilleur espoir cette saison. Une belle carrière à venir.

La mienne a pris un tournant cette semaine. J’ai toujours cette réflexion, ai-je vraiment fait le bon choix ? Qui suis-je pour jouer le putain de super héros? J’étais estimé et apprécié. Je ne suis pas con, je sais très bien ce que pensent les autres. Ils ont pris de la distance. Je suis sur le côté et personne n’a osé s’asseoir à côté de moi. J’ai voulu crier que je n’étais pas contagieux, mais rien. Seule la voix du coach s’élevait au dessus d’une audience à l’ambiance pesante et silencieuse.

[blockquote cite= »Un footballeur de Ligue 1 sous couvert d’anonymat »]Dans le foot, on ne peut pas dire que l’on est homo. L’homophobie est partout. Dix fois par jour, j’entends des « on n’est pas pédés », depuis que j’ai douze ans.[/blockquote]

« Jérôme, oh, tu m’écoutes ? Merde, t’es au courant que demain, c’est dès le coup d’envoi qu’il faut s’y mettre ? » Me voilà réveillé de mes pensées par l’entraîneur qui s’apprête à me donner quelques consignes. Je suis milieu défensif, même si j’ai eu une formation de défenseur central.

« Luis Santos, leur milieu offensif est la clé du jeu. Faut pas le laisser faire ce qu’il veut avec le ballon. Tu devras toujours prendre un temps d’avance, essayer de lui passer devant dans les duels, quitte à me le foutre par terre une ou deux fois pour qu’il comprenne qu’il tombera sur un client. Dans les 30 derniers mètres, tu ne me lâches pas ce type. » J’entends des ricanements. Remarque, un pédé qui se charge d’un Brésilien, il n’en faut pas plus pour déclencher un fou-rire discret chez mes coéquipiers.

Collation. Anders se joint à ma table. « I know what you’ve done this week. I’ll still be the same to you. Don’t worry. I won’t change, whatever your life choice my friend. – Je sais ce que t’as fait cette semaine. Je resterai le même ne t’inquiètes pas. Je ne changerai pas, quel que soit ton choix de vie mon pote. » Je me sens soulagé. Ce genre de parole, je les accueille à bras ouverts surtout avant un match où j’imagine qu’il n’y aura certainement pas de banderole à ma gloire dans les tribunes, bien au contraire.

La nuit tombe, on joue demain à 14 heures, nouvelles diffusions oblige. On sera prêt, je serai prêt.

A suivre…

A propos de Un pingouin

Ancien meilleur buteur du championnat de Groënland avec Nuuk. Comme le championnat ne dure que 2 semaines, je me fais chier le reste du temps, donc j'écris pour le Talkfoot.

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