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Mohamed et Ryad.

« Le problème du foot algérien, ce sont les présidents peu scrupuleux »


En Algérie ce n’est pas nouveau. Tout le monde aime le foot. Mais en France, qu’est ce qu’on y connaît au foot algérien ? Nous avons posé des questions à Mohamed Bouguerra, journaliste au bled. Instructif.

Bonjour Mohamed, peux-tu te présenter à l’ensemble des lecteurs du talkfoot ?

Tout d’abord je suis très honoré de répondre aux question de letalkfoot.fr , un site que je consulte régulièrement, surtout sa page Facebook que je trouve vraiment pas mal. Je m’appelle Mohamed Bouguerra, je suis journaliste sportif spécialisé dans le football. Je travaille pour le quotidien 100% football, Compétition qui est l’un des plus grands quotidiens sportifs algérien. Je n’ai aucun diplôme, je suis un autodidacte. J’ai toujours été passionné par le football en général et le football algérien en particulier. J’ai créé un blog en 2005, un blog qui a grandi et qui est devenu un site spécialisé dans les interviews de joueurs. Mes interviews écrites mais surtout vidéo ont fait le buzz sur la toile et je me suis fait remarqué par le journal Compétition qui m’a proposé de devenir journaliste professionnel. Une proposition que j’ai accepté de suite et me voilà .

Tu travailles actuellement pour le journal algérien compétition, quelles sont les impératifs d’un journal comme celui-là ?  

Compétition et son site competition.dz, c’est un quotidien 100% football. A l’image de l’Espagne, chez nous en Algérie la concurrence est féroce. Il y a 7 quotidiens nationaux majeurs spécialisés dans le football, à la fois en langue arabe et française. Il y a aussi les quotidiens généralistes comme Echorouk, Ennahar, El Watan et Liberté qui font une large place au football. Et si l’on y ajoute la presse sportive régionale et les hebdomadaires, on arrive vite à 30 ou 35 titres qui veulent se partager le gâteau du football algérien avec plus ou moins de réussite. Notre impératif à Compétition est tout d’abord d’être le premier et le plus fiable sur l’information football de notre pays. Notre but et aussi de ne pas nous contenter de copier coller ce qui est pris sur internet mais d’aller chercher l’information, où elle se trouve. A Alger, Tizi Ouzou, Oran, Paris ou Johannesburg. Nous avons la chance d’être une équipe dynamique, jeune, et bien encadrée par des rédacteurs en chef et des actionnaires passionnés de football. Et sans fausse modestie je pense que chaque jour nous remplissons notre mission vis-à-vis des lecteurs algériens.

Je dis ça car les algériens sont mordu actu et de foot, ce n’est pas dur avoir de l’actu chaude au quotidien ?

L’avantage du football, c’est qu’il n’y a jamais de vacances. Il se passe toujours quelque chose. Comme vous le dites, l’Algérie est un pays de football. Et à l’image de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie, no lecteurs sont des connaisseurs, des mordus de football, mais surtout des passionnés de leur clubs, de l’équipe nationale et du football mondial et veulent tout savoir. Chaque jour nos lecteurs sont informés sur leur club à la minute et sur les internationaux algériens où qu’ils se trouvent sur la planète, les différents mercatos, et les grands événements du football mondial. Chaque jour nous donnons de l’info.

Parlons jeu, peux-tu nous donner un avis sur le réel niveau du football algérien ?

Certaines personnes n’arrêtent pas de dire que le football algérien est d’un niveau bas de type CFA ou CFA 2 françaises, certains disent même DH. Mais moi je ne suis pas d’accord. Cette saison j’ai regardé énormément de matchs à la télévision et j’y ai vu un football plaisant. Le niveau pour moi est un niveau Ligue 2 française voire bas de Ligue 1 pour les meilleurs clubs de chez nous. Moi lorsque j’ai vu jouer le CS Constantine, l’USM El Harrach, le CR Belouizdad, l’USM Alger, Le Mouloudia d’Alger, la JSM Bejaia, l’ASO Chlef, l’ES Setif et même la JS Kabylie, qui est pourtant en crise, je ne me suis pas ennuyé. Bien au contraire, j’ai vu de bons matchs avec de bons joueurs. Des matchs certes plus techniques que tactiques, mais joué dans des stades pleins et une ambiance, surtout pour les gros derby, qui rappelle Boca – River ou Galatasaray – Fenerbahçe. Le problème du football algérien, ce sont le manque d’infrastructures, de stades, le manque de formation des jeunes et la gestion calamiteuse des clubs. Sinon voir Slimani claquant une tête, Messaoud marquant en un contre un, ou encore Djallit marquer dans une position incroyable me fait plus tripper qu’un 0-0 entre Nancy et Brest.

Quels sont les locomotives, clubs phares ?

Les locomotives, à l’image du reste de la planète, ce sont les clubs qui ont la plus grande histoire bien sûr, comme le MC Alger,la JS Kabylie,l’USMA, Sétif ,le CS Constantine. Ces clubs dont la plupart appartiennent aujourd’hui soit à des présidents fortunés ou alors à la compagnie nationale des hydrocarbures, et  sont devenu des grosses cylindrées de la ligue 1 algérienne; mais il y a aussi des clubs plus modestes comme l’USM El Harrach ou l’ASO Chlef, et même le CR Belouizdad qui compensent le manque de moyens par la formation et la prise en mains du vivier de jeunes dont ils disposent pour faire de bonnes saison et revendre leur joueurs. Soudani Hillal, qui fait les beaux jours de Guimaraes au Portugal est un pur produit de l’ASO Chlef. Certains clubs historique comme le MC Oran ou la JS Kabylie sont en train de régresser à cause d’une mauvaise gestion de leurs dirigeants et c’est bien dommage.

Les problèmes d’installations, de gestion des présidents et les instabilités des entraineurs n’empêchent-t-il pas le championnat de grandir ?

Vous avez mis le doigt sur le gros problème du football algérien actuel, les présidents de clubs peu scrupuleux. Dans le football moderne, les clubs qui réussissent sont des  clubs qui ont un président mécène. Un président qui a déjà une fortune de part ses activités et qui vient diriger et mettre de l’argent dans un club de foot, plus par passion et quasiment à perte, puisque c’est un business à objet sportif, et donc aléatoire. Chez nous ce cas de figure existe avec l’USM Alger de M. Haddad, mais aussi dans une moindre mesure, à la JSM Bejaia de M. Thiab, mais pour ce qui est de certains clubs, parmi lesquels les plus prestigieux malheureusement, ce n’est pas du tout le cas. Ils sont gérés par des affairistes douteux qui sont là pour s’enrichir sur le dos du club en question. Ces hommes n’ont qu’un but, conserver leur place par tous les moyens, et cela passe par la volonté de travailler à très court terme pour avoir un résultat immédiat. Cela veux dire injecter tout l’argent sur l’équipe première, y compris les subventions de l’état destinées à la formation, et virer l’entraîneur quasiment après chaque défaite. C’est malheureux et cela empêche le football algérien de se développer malheureusement.

Qu’elles sont les sources d’espoirs pour cette compétition ?

Les sources d’espoirs, il y en a beaucoup. Tout d’abord des nouveaux stades qui sont en construction à travers le pays et qui vont bientôt être livrés, avec des pelouses qui vont améliorer la qualité du jeu. Le fait que les plus grands clubs algériens, hormis le Mouloudia d’Oran, se portent bien à la fois financièrement mais aussi sportivement et surtout ce formidable public, qui même s’il doit être plus encadré sur le plan sécuritaire, rempli chaque semaine les stades de toutes les divisions du pays. Le football algérien se porte bien sportivement et économiquement, sinon vous n’auriez pas sur les bancs de touches des clubs algériens des entraîneurs comme Roger Lemerre ou Rolland Courbis par exemple.

On te sait fan de l’USM Alger clubs entrainépar Rolland Courbis, quels est ton avis sur le travail qu’il effectue ?

En fait Rolland Courbis est un grand entraîneur. Je ne crois pas surprendre en disant cela. Mais la réussite de l’USMA, qui depuis 2003 avait un peu de mal, et son redressement datent d’avant Courbis. C’est depuis la reprise du club par le PDG de l’entreprise de BTP et travaux publics ETRHB de Ali Haddad, et les moyens financiers colossaux qui ont été mis en place, que les choses ont commencé à aller mieux. L’USMA utilise le même système qu’utilisait Aulas avec l’Olympique Lyonnais. Ils recrutent chaque année les meilleurs joueurs algériens pour affaiblir les autres clubs et mettre toutes les chances de leur côté pour être champion. Pour le moment, pour le championnat c’est raté, mais deux ans après la reprise du club, les rouge et noir ont remporté la coupe d’Algérie et la ligue des champions Arabe, ce n’est pas mal. Le mérite en revient à Courbis certes, mais n’oublions pas Hervé Renard, le clan Haddad et les formidables supporters du club. Car entendons nous bien, même si M. Haddad a mis des milliards sur la table, qu’il faut lui reconnaître ça et l’en remercier quelque part, l’USM Alger existait avant lui et existera après lui.

Après le championnat passons à l’équipe nationale. Quel est ton regard sur cette équipe ?

On va dire que l’équipe nationale actuelle est en construction. Elle a obtenu de bons résultats, et de moins bons. Mais tant que je n’aurai pas vu se dégager un 11 type qui va jouer 4 matchs de suite, je ne peux donner aucun avis. Car je ne peux pas juger une équipe qui évolue à chaque match avec un 11 et des joueurs différents. Il y a aujourd’hui une stabilité du staff depuis plusieurs années, j’appelle aujourd’hui à une stabilité de l’effectif et du 11 entrant pour que cette sélection nationale acquiert la cohésion et les automatismes d’une véritable équipe.

Que penses-tu de Vahid et de ses méthodes ?

J’apprécie énormément Vahid Halilhodzic. C’est un homme qui est exigeant certes, qui demande beaucoup mais qui donne aussi beaucoup. Vahid a des principes et il n’en dérogera pas quitte à perdre sa place. Pour lui le football doit rimer avec discipline et il ne tolère aucun écart. Le problème c’est que cette inflexibilité normale et légitime est en train de brider le groupe. Les joueurs ont perdu leur autonomie et ont du mal à surprendre l’adversaire. Ils ont tellement peur de se faire engueuler qu’ils suivent le schéma tactique sans prendre d’initiatives personnelles qui sont à certains moments utiles pour débloquer une situation. Halilhodzic fait du bon travail, il n’a commis qu’une erreur depuis qu’il est en place, la mauvaise gestion de l’affaire dite de la chicha avec Ryad Boudebouz (NDLR: Ryad s’est fait choper avec une chicha dans sa piaule par Vahid, ce qui était interdit. Depuis, il n’est plus sélectionné.), à la fois sportivement, humainement et surtout médiatiquement.

Mohamed et Ryad.
Mohamed et Ryad.

Parles-nous de la dernière CAN 2013 ? Ton impression sur le niveau général ?

Franchement, sur le plan du niveau de jeu, ce n’était pas une CAN extraordinaire. Quasiment 10 équipes sur les 16 engagée auraient pu la gagner. C’est d’autant plus rageant pour l’équipe d’Algérie. Sinon j’ai aimé le Nigeria qui a vraiment fait le show et partagé sa victoire avec son peuple et les fans des Super Eagles en général. J’ai aimé le Cap Vert  et le Mali aussi, qui ont répondu présent et que dire du Burkina Faso qui a été la bouffée d’oxygène de cette compétition. J’ai beaucoup moins aimé le flop du Maroc qui est encore une fois passé à côté et ceux de l’Algérie et de la Côte d’Ivoire qui se sont bunkerisé dans leurs hôtels comme si leur supporters étaient des ennemis. Supporters qui ont préféré aller boire un jus d’orange au bord de la piscine avec Adebayor que se faire malmener par des agents de sécurité présents devant l’hôtel des Fennecs et des Eléphants.

Crois-tu aux chances de qualification des Fennecs ? Quels sont les points qui permettent espérer ?

Honnêtement, au jour d’aujourd’hui je préfère être lucide. Le Mali est le favori du groupe H et l’Algérie n’est qu’outsider. Pour franchir l’obstacle malien les Fennecs devront rééditer l’exploit que leurs aînés ont accompli face à l’Egypte en 2009. Les raisons d’espérer sont là puisqu’en qualité intrinsèque de joueurs, ce groupe est supérieur à celui de la génération précédente. Mais en termes de football, le talent ne suffit pas, surtout en Afrique, et il faudra avoir la grinta et la rage de vaincre pour repousser ses limites, aller gagner au Bénin et au Rwanda, avant de jouer le match de leur vie, à Blida, face au Mali qui sort d’une CAN réussie et qui n’a pas notre problème de cohésion et d’efficacité offensive.

Quels regards tu portes sur les binationaux ? On sait que c’est un sujet qui divise ?

Franchement pour moi il n’y a pas de binationaux, il n’y a pas de locaux, il n’y a que des Algériens. Le problème de ce débat, c’est qu’il ne se base pas sur l’objectivité, mais sur des croyances voir des dogmes. Certains veulent du tout expatrié et d’autres du tout local, alors que si l’on est objectif, il suffit juste de sélectionner les meilleurs Algériens à chaque poste voilà tout. Vahid Halilhodzic connait tous les joueurs algériens de la galaxie, je ne pense pas qu’il choisira son 11 pour perdre, mais pour gagner. Donc je lui fait confiance.

Dernière question : parles-nous de joueurs qui évoluent en Algérie et qu’on pourrait retrouver en Europe ?

Honnêtement il y en a pas mal qui ont le niveau pour jouer en Europe. Certains en Ligue 1 et d’autres en Ligue 2. Le problème c’est que la plupart des joueurs algériens ont une éclosion tardive. Sinon, même s’ils évoluent en Tunisie, Djabou et Belaili ont leur place en Europe. Benmoussa de l’USMA aussi, Belkalem de la JS Kabylie, Slimani, Djallit. Un joueur comme Messaoud de l’ASO Chlef, s’il avait été détecté plus tôt. Et il y en a beaucoup d’autres. Le problème c’est qu’on leur propose souvent un salaire inférieur à ce qu’ils touchent au pays. Donc seuls les joueurs qui ont des ambitions sportives et de carrière franchissent la méditerranée. Les autres préfèrent rester en Algérie ou répondre aux sirènes des pays du Golfe.

 

Merci beaucoup à Mohamed Bouguerra d’avoir répondu à nos questions.

 

A propos de Un taureau

Quand j'étais petit, on m'a dit que j'allais faire des corridas et que mes couilles allaient finir dans l'assiette du toréro. Du coup, je me suis enfui et le Talkfoot m'a accueilli les bras ouverts. Spécialiste de tout et de rien.

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