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« Ne jugeons pas l’importance d’un championnat en fonction d’un Ballon d’or »


Nicolas Vilas
Nicolas Vilas nous répond

C’était un soir particulier. La sélection portugaise avait enfin sorti un match digne de son rang face à un coriace adversaire bosnien. Je discutais avec Jérémy de ce match quand nous est venue une idée, celle de savoir ce que valent vraiment le Portugal et la Liga Zon Sagres. Pour cela, nous avons contacté un expert en la matière, Nicolas Vilas. Consultant spécialiste à la télé ou à la radio, il tient un blog sur le foot lusitanien et il a eu la gentillesse de répondre à nos questions. Enjoy.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Nicolas Vilas. Je suis né en 1983 dans les Yvelines dans une famille portugaise. J’ai fait pas mal de boulots, d’études, avant de me lancer « là-dedans ». Pour moi, ce boulot était impossible à atteindre. Sinon, comme tu le sais, je suis journaliste spécialisé dans le foot. Grande passion pour le foot guesh du fait de mes origines mais pas que… J’ai bossé pour quelques médias lusophones avant d’intégrer MCS (Ma chaîne sport) lors de sa création. Il y a eu Aujourd’hui Sport, une aventure extraordinaire. La création d’un quotidien est une expérience unique. Prenante. Et puis RMC, RTL L’Equipe qui s’est malheureusement arrêtée. Cette radio numérique était un vivier plus qu’ intéressant. Et elle était constituée d’une équipe merveilleuse autour d’Eric Silvestro.

Que pensez-vous du niveau global de la Ligue 1, comparé à la Liga portugaise ? Quelles en sont les différences en termes de jeu, de tactique ?

La L1 est un championnat complet. Il allie de façon assez poussée l’aspect physique, technique et tactique. La Liga est un championnat surtout technique. Tout se dessine autour du ballon. La grande différence entre la France et le Portugal est l’équilibre entre les équipes. En France, le championnat est très équilibré. Trop. Le niveau est assez homogène mais, au final, il se nivelle vers le bas.

Au Portugal, comme dans l’immense majorité des championnats, il y a deux ou trois locomotives qui tractent les autres clubs. Ça n’empêche pas l’émergence d’autres puissances comme ce fut le cas avec le Boavista, il y a une dizaine d’années ou comme le fait aujourd’hui Braga. La France n’a pas de grands clubs, de noms ancrés dans son paysage footballistique. Reims, Nantes, Saint-Etienne, l’OM, Bordeaux font le yoyo. Contrairement au FC Porto, Benfica, Sporting mais aussi au Barça, Milan, Manchester United, Bayern…

L’aspect économique est aussi une autre grande différence entre ces deux pays. La France jouit de clubs structurés, professionnalisés financièrement. Les budgets sont importants et contrôlés. Au Portugal, le plus petit budget de Liga ne dépasse pas les 1,5 M€. Et beaucoup de clubs galèrent à payer les salaires de leurs joueurs et salariés.

Le Portugal assume pleinement son statut de championnat intermédiaire. La L1 est le cul entre deux chaises. Elle se veut une finalité, une ligue de top mais elle n’en a ni le pouvoir d’attraction, ni le public, ni l’engouement, ni les résultats… Elle a l’argent mais pas la passion. Le foot français est ultra-rationalisé. En tous points. Son jeu, la gestion de ses budgets, de ses supporters, de ses matches. Tout est motif de calcul. La part de passion, d’irrationnel propre au sport est réduite au maximum. En France, seul le romantisme est toléré dans le sport. La place du second est érigée en exemple plutôt que la colère de celui qui n’est pas champion.

Que répondez-vous aux personnes qui disent que la Ligue 1 est plus forte que la Liga portugaise ?

Je leur demanderais de quelle Ligue 1 ils me parlent. Le trio de tête ne vaut peut-être pas celui du Portugal. Le bas de classement français, lui, est sûrement plus fort que celui de la Liga. Mais je ne suis pas convaincu que ça serve à grand-chose. En témoigne le palmarès des clubs portugais sur la scène internationale. Et les récentes confrontations directes entre les clubs de ces deux pays. Le Benfica a sorti le PSG, le Sporting (alors en pleine crise) a tapé deux fois le futur champion Lille, rien que la saison dernière.

Que manque-t-il aujourd’hui aux clubs comme le Benfica ou Porto pour rivaliser avec le très haut niveau tous les ans ?

Mis à part le Barça qui peut se déclarer être tout le temps au top européen ces dernières années ? Le FC Porto et le Benfica doivent vendre une partie de leurs actifs chaque année pour (sur)vivre. D’où l’importance de la prospection, du recrutement. D’où la fin de certains cycles, la nécessité de régénérer une partie de son groupe, de son staff et d’en attendre les résultats. Porto a fait un quasi sans-faute la saison dernière. Il a notamment remporté la C3. Cela n’est-il pas une preuve supplémentaire qu’il est au très haut niveau ? Ne jugeons pas de la qualité d’un championnat et des joueurs en s’inspirant de la liste du Ballon d’or.

Pourquoi un club comme Guimarães qui a réalisé une superbe saison l’an dernier est aujourd’hui dans les profondeurs du classement ?

Guimarães est un club qui génère une grande passion et donc une grande part d’irrationnel. Cette saison, il y a eu pas mal d’arrivées. Son président est grandement contesté par les socios qui n’adhèrent pas, pour certains, à sa politique. Certains ont même agressé des joueurs lors d’un entraînement. Le changement précoce d’entraîneur n’a pas aidé à apaiser l’ambiance. Mais les choses semblent se tasser. Le Vitoria est un club qui appartient avant tout à ses socios et ces derniers ne manquent pas de le rappeler. A leur façon.

Pensez-vous que le Portugal mérite de passer devant la France à l’indice UEFA ?

Le calcul du ranking UEFA est mathématique. Il n’y a rien d’arbitraire là-dedans… S’ils sont là, c’est qu’ils le méritent. Si les clubs français jouaient à fond la Ligue Europa comme ils le font chaque week-end pour le championnat, ils n’en seraient pas là. Les clubs portugais ne peuvent se permettre de snober les compétitions européennes. Parce qu’elles leur permettent d’exposer leurs joueurs mais aussi parce qu’elles constituent une manne financière indispensable à leur survie. Les clubs français estiment que leur championnat est prioritaire sur le reste. Economiquement le raisonnement se tient, dans l’absolu. Mais l’une des conséquences est que ses joueurs ne sont pas vendus à leur juste valeur. Pendant que Porto lâche Falcao, meilleur buteur de Ligue Europa, contre 40M€, Gervinho champion de France et vainqueur de la Coupe de France, part pour quatre fois moins… Parce que lui n’aura eu la chance de briller « que » sur l’Hexagone. Les plus généreux envers les clubs français sont finalement… les clubs français.

Pourquoi la Selecçao a-t-elle eu beaucoup de difficultés pour se qualifier à l’Euro 2012 ?

L’après Mondial 2010 a été géré de façon poussive par la Fédé portugaise (FPF). Queiroz avait été laissé en place alors qu’il ne faisait l’unanimité ni à la fédé, ni à l’intérieur-même du groupe. Aujourd’hui encore, la bave continue de couler. Beaucoup de joueurs ont décidé de s’éloigner de la Selecção : Simão, Tiago, Miguel, Deco, Liedson… Le Portugal a très mal débuté sa campagne pour l’Euro avec notamment ce 4-4 contre Chypre. Queiroz a été viré et le Portugal a dû trouver un sélectionneur à la hâte. Il rêvait de Mourinho mais le Real ne l’a pas libéré et c’est Paulo Bento qui a surpris tout le monde. Le second choix de la FPF a eu le courage de trancher et de prendre de réelles décisions qui ne sont pas toujours allées dans le sens du vent (ne pas convoquer Bosingwa). Mais attention, comme en 2010, les Portugais ne passent qu’aux barrages…

Depuis le 6-2 contre la Bosnie, avez-vous changé d’avis sur l’attaque portugaise et Miguel Veloso que vous avez beaucoup critiqué ?

Je n’ai pas critiqué Veloso. J’ai simplement dit qu’il était surcôté. De par son histoire (il est le fils du légendaire Antonio Veloso), sa belle gueule, on l’a érigé comme une star au Portugal alors qu’il n’a jamais rien prouvé encore en club. Ni au Sporting, ni au Genoa. Il a été bon lors du 6-2, comme ses coéquipiers mais à l’aller, il ne l’a pas été, comme ses coéquipiers. Il n’a pas encore l’envergure pour porter l’équipe. Bento le connait bien puisqu’il a contribué à le façonner au Sporting. Au milieu de terrain, le Portugal possède beaucoup de bons joueurs. Il en fait partie.

L’attaque portugaise n’est pas un problème, c’est le poste d’avant-centre qui l’est. Sur ces barrages, Postiga a tout fait et… rien, à la fois. A l’aller, on ne l’a pas vu, au retour, il plante un doublé. Il est le plus prolifique de l’ère Bento qui l’a sorti du placard. Mais il le concède  lui-même : il n’est pas un attaquant qui marque beaucoup de buts. C’est emmerdant pour un buteur…. Surtout pour la Selecção qui s’en cherche un.

Qui est votre modèle en terme de journaliste ?

Je n’ai jamais eu de modèle de journaliste parce qu’avant de faire ce boulot, je n’en connaissais pas. Je ne suis pas issu du « milieu ». Je n’ai pas grandi entouré de caméras, de micros ou de machines à écrire. Journaliste, ce n’est pas un métier de star ni d’artiste dans lequel il faut s’inspirer d’un autre. Faut être soi-même. C’est une fibre que l’on possède et que l’on exploite par la suite. Beaucoup de jeunes se plantent parce qu’ils aspirent à la notoriété mais on ne devient pas journaliste pour être connu. C’est un choix de vie. Deux personnes ont été (et sont toujours) importantes dans mon cheminement professionnel : Jean-Yves Dhermain (rédac chef de MCS) et Xavier Barret qui était mon boss à Aujourd’hui Sport. Ils m’ont toujours soutenus, comme Daniel Riolo, d’ailleurs… Gamin, j’étais bercé, comme tout le monde, par le duo Roland-Larqué. Larqué c’est une idole dans ma famille. Moi, j’aime bien son franc-parler.

Comment s’organise une émission comme Tribune Foot ?

On démarche pour trouver des invités. Il faut concilier le calendrier, les blessures, les résultats, la logistique pour que leur présence sur notre plateau à Paris soit rendue possible. Le lundi est une longue journée ! Conférence de rédaction le matin avec Jean-Yves Dhermain et Laurent Duplouy. On table sur les sujets à aborder. On enchaîne avec la rédaction du conducteur ; en parallèle, d’autres journalistes réalisent les sujets. Les invités arrivent. Et on y va ! Chez MCS qui est une petite structure, tout le monde fait un peu de tout. On n’est pas la CNN mais on est à taille humaine.

Quelles sont les différences au niveau de la relation médias/championnat entre la France et le Portugal ?

En France, le monopole de la presse est une particularité qui n’aide pas à la discussion. Mis à part la parenthèse Sport dans les années 80 et les récentes tentatives du 10Sport et d’Aujourd’hui Sport (où j’ai bossé), la presse sportive française somnole. Au Portugal, il y a trois quotidiens sportifs (A Bola, O JOGO, Record) qui sont engagés et tendancieux. Ça ouvre l’espace du débat. Chaque titre offre 80 pages de sport par jour avec une immense majorité de foot. En France, on tente de donner un peu de tout. Et surtout, on n’exploite pas assez le foot étranger. On ne l’aborde que par les Français. L’Allemagne, c’est Ribéry. L’Angleterre, c’est Arsenal, Wenger. L’Espagne, le Barça où Messi joue avec Abidal. L’Italie ? Mexès est toujours blessé. Même d’un point de vue marketing, certains marchés sont sous-exploités. Aujourd’hui Sport dédiait une page quotidienne au foot maghrébin et portugais. Ca représente près de 10 millions de personnes en France ! C’est Internet avec Footafrica365 qui compense ou ce que je tente de faire avec BloGolo.

Daniel Riolo… Il est vraiment sympa ?

Comme tous les gens authentiques, ça dépend avec qui… Daniel, tu l’aimes… ou pas. Et ça, j’aime…

Jérémy qui suit le championnat suédois, il peut devenir une drôle de dame aussi ?

Balance ton CV à Gilbert Brisbois !

A propos de Tony De Lemos

5 commentaires

  1. Belle interview ! Je suis entièrement d’accord avec son point de vue en ce qui concerne la presse sportive en France. On est trop chauvin et on ne regarde pas autour de nous (ou très peu) alors qu’il y a beaucoup de choses à dire. Les médias Espagnols, Portugais ou encore Anglais et Allemands sont des modèles du genre, que nous devrions suivre en France !

  2. Merci Tomtoche! Sympa ton blog! et ton article « Il est le Messi » 😉

  3. Tu te trompes Jérèm quand tu dis que Marseille doit gagner à Dortmund pour se qualifier. Un match nul suffit et même une défaite si Arsenal bat l’Olympiakos dans le même temps ce qui est largement plausible. Lille ayant aussi de grandes chances de battre Trabzonspor, nous pourrions aisément nous retrouver avec deux clubs français en 8e 😉
    Ceci dit, je comprends le sens de ton coup de gueule !

  4. Quand tu regardes la prestation de Marseille, quand tu sais que Arsenal va jouer avec sa B à Olympiakos car ils sont sûrs d’être 1ers, Marseille est pour moi dans l’obligation de gagner.
    Et Lille peut bien sûr se qualifier! Mais qui a dit que Trabzonspor c’était facile? Quand tu vois qu’ils ont pris 4 points contre l’Inter et Lille 0? « Grandes chances » est un peu éxagéré mais c’est vrai qu’ils ont leur destin en main. C’est le seul club qui l’a. Mais ce serait une grande erreur que de sous-estimer Trabzon’

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